LE CIEL EST BLEU

Oświęcim, le 7 septembre 2008

Je me souviens de ce silence pesant, du béton, du ciel bas et de l'air gris. Des fleurs artificielles. Du paysage grand et qui va loin.

Je voulais y aller pour voir. Pour voir ce qu'il en reste. Ce qu'il reste de ces longues années.

C'est triste cette histoire. C'est triste de voir ces cheminées.

Je pense à ce portail, à ces vêtements entassés, à ces reliques. A ces montagnes de chaussures, de cheveux, de valises. A ces montagnes de gens. A ces gens arrivés. Et restés pour longtemps. Enfermés.

Ici, le ciel est pauvrement vêtu. Des nuages sombres planent dans le ciel comme du plomb dans les airs. Ils paraissent lourds et oppressants comme des masses épaisses encore gorgées de poussières de gaz.

Quand le vent se lève sur cette vaste plaine, il balaye et disperse encore ses miettes de cendres éternelles. On se souvient alors des âmes restées accrochées dans les hauteurs du ciel.

Ici s'éternisent les vestiges des camps, l'histoire de la déportation et de l'extermination. C'est le lieu de tous les malheurs et de tous les frissons. Celui des kapos, du Zyclon B, des numéros, de l'étoile jaune et des fleurs coupées. Celui du mirador tout puissant: de ce poste d'observation qui surveille sans cesse ces espaces fourmiliers grouillant de prisonniers travaillant à fabriquer leur propre mort.

Si Auschwitz nous laisse sa ruine en héritage, elle laisse aussi derrière elle la mémoire de la chute et de la capitulation: le jour de la libération.

Ce jour-là, les barbelés ce sont affaissés comme des ronces desséchées. Le passage s'est frayé au-delà des ravages, vers la nouvelle Rosenblum, vers cette colline aux roses restée lentement abandonnée. Le ciel divisé s'est rassemblé pour accueillir sous sa voûte des mains tendues vers le ciel, à présent délivrées.

Même si Oświęcim marque le temps au cordeau, les nuages ont retrouvé leur apparence de pivoines en fleurs. Malgré tout, le plan du camp est resté tout tracé. Coriace. Preuve que Rien, Nichts ne pourra effacer ce qu'il s'est passé sur ces terres baignées de sang.

Je veux me souvenir alors, fixer avec mes yeux, qu'en ces temps-là, la solution finale a existé, hors tout, dissimulée dans une grande cage, entre les murs d'une belle campagne. Et ne pas oublier que là-bas, la lune se présente désormais chaque jour comme une veilleuse de nuit. Et que Le ciel est bleu.

Vue partielle de l'exposition Le ciel est bleu, 2010

Chercher enfin nos ciels, 2008, moulages de mains en plâtre, dimensions variables

Au pied du mur, 2010, dessin transféré au trichloréthylène, 15 x 11 cm

Ora pro nobis, 2008, stylo feutre sur papier, 12 x 9 cm

Chmury (Nuages), 2011, gouache, acrylique et rouge à lèvres sur toile, dimensions variables

Chmura (Nuage), 2011, gouache, acrylique et rouge à lèvres sur toile, 29,5 x 29,5 cm

Chmura (Nuage), 2011, gouache, acrylique et rouge à lèvres sur toile, 29,5 x 29,5 cm

Chmura (Nuage), 2011, gouache, acrylique et rouge à lèvres sur toile, 29,5 x 29,5 cm

La traversée du désert, 2010, crayon sur papier, 21 x 15 cm

Vue partielle de l'exposition Le ciel est bleu, 2010

Le ciel partagé, 2011, (diptyque) gouache sur toile, dimensions variables

Cyclon B, 2011, gouache et acrylique sur toile, 49 x 60,5 cm

Parce que le ciel est pauvrement vêtu, 2008, encre de machine à écrire et marqueur sur papier, 24 x 32 cm

Mirador, 2011, gouache, acrylique et rouge à lèvres sur toile, 29,5 x 29,5 cm

Niebo płacze (ciel en pleurs), 2011, gouache et acrylique sur toile, 37,5 x 55 cm

Niebo płacze (ciel en pleurs), 2011, gouache et acrylique sur toile, 55 x 37,5 cm

L'étoile jaune, 2010, scotch et crayon sur papier, 24 x 17 cm

Relikwia, 2010, fleurs artificielles dans caisson en plexiglas, dimensions variables

Blocks, 2010, baraques en cire d'abeille sur cubes en médium, dimensions variables

Blocks, détail, 2010, baraques en cire d'abeille sur cubes en médium, dimensions variables

Le dernier refuge, 2010, stylo feutre sur papier, 17 x 24 cm